L’hyperplasie bénigne de la prostate (HBP ou adénome de la prostate) est une situation très fréquente chez l’homme. Son incidence augmente avec l’âge.
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Généralités
- La prostate, située sous la vessie et autour de l’urèthre (canal conduisant l’urine de la vessie vers l’extérieur.) est également le lieu d’abouchement des canaux éjaculateurs et des vésicules séminales. La prostate est donc située à un carrefour entre la voie urinaire et la voie séminale. Les sécrétions prostatiques participent à la composition du sperme et la prostate joue un rôle dans le déroulement de l’éjaculation.
- Avec l’âge, la prostate se modifie en grossissant et devenant moins souple. Par sa position, elle peut entraîner un inconfort et une gêne au moment d’uriner. Bien que l’HBP soit présente chez plus de 80 % des hommes de plus de 80 ans, ces modifications ne posent pas de problèmes à tous les hommes. Toutefois près de 100 000 nouveaux hommes se plaignent chaque année de troubles urinaires pouvant être en rapport avec cette hyperplasie.
- En l’absence de complications (rétention, infection, calcul, insuffisance rénale), le traitement médical constitue la première approche mais en cas d’échec, il faut envisager une intervention afin de rétablir une miction correcte.

Épidémiologie
- À l’approche de la cinquantaine, de nombreux hommes sont concernés par les troubles urinaires consécutifs à une HBP.
- En France, près de 2 millions d’hommes ont des troubles urinaires et la moitié d’entre eux est traitée médicalement pour une HBP. En moyenne, un homme sur 10 nécessitera un traitement chirurgical de son HBP.
Signes et symptômes
- Les signes qui évoquent des troubles liés à l’HBP sont :
- la faiblesse du jet
- la nécessité de plusieurs levers nocturnes pour des envies d’uriner
- des mictions fréquentes
- un besoin de pousser pour uriner
- un besoin impérieux d’uriner (nécessité d’uriner très rapidement pour un besoin urgent)
- des fuites urinaires
- une impression de mauvaise vidange vésicale
- parfois une hématurie (sang dans les urines)
- La sévérité des troubles n’est pas toujours en rapport avec la variation du volume prostatique. Ceci explique que vous pouvez avoir une prostate de volume normal et des troubles urinaires importants ou une prostate volumineuse et peu ou pas de troubles.
- Rarement il peut exister des complications liées à cette HBP telles que la rétention urinaire (blocage ou impossibilité d’uriner), une infection, des calculs dans la vessie, une dilatation des reins. Dans ce cas, le terme d’HBP compliquée est utilisé et le traitement s’oriente le plus souvent vers la chirurgie.
- Il est parfois noté une modification de la sexualité chez les patients ayant des troubles urinaires modérés ou sévères.
Diagnostic
- Les troubles urinaires cités précédemment suggèrent la possibilité d’une HBP symptomatique. Votre médecin peut mettre en route un traitement lorsque ces signes sont importants et créent une véritable gêne. Des questionnaires sur la fréquence de ces troubles et leur retentissement sont parfois utilisés. L’IPSS est le score le plus diffusé évaluant 7 symptômes parmi lesquels la pollakiurie, les mictions impérieuses, la diminution de la force du jet urinaire etc…
- En plus de l’interrogatoire, il est nécessaire de réaliser un toucher rectal afin d’apprécier la prostate.
- Lorsqu’il y a lieu d’envisager un dépistage du cancer de la prostate, après avoir informé le patient des conséquences, un dosage du PSA est réalisé. Parfois un dosage de la créatininémie est demandé pour connaître la fonction rénale.
- La débitmétrie est utilisée par l’urologue pour apprécier objectivement la qualité de la miction.
- Une échographie de la vessie et des reins est indiquée pour étudier le retentissement sur la vessie (parois épaissies, résidu postmictionnel) et le haut appareil (dilatation). Une échographie de la prostate n’est indiquée que pour mesurer le volume prostatique en cas de traitement chirurgical.

Des troubles urinaires pas toujours liés à la prostate
Dans l’imaginaire collectif, les troubles urinaires de l’homme sont le plus souvent associés à la prostate. Pourtant, beaucoup d’autres causes peuvent provoquer ces troubles ou y être associées :
- le diabète ;
- certaines maladies neurologiques (maladie de Parkinson, sclérose en plaques, accident vasculaire cérébral) ;
- la dysfonction érectile ;
- les maladies cardiovasculaires et le syndrome métabolique ;
- le syndrome d’apnées du sommeil.
Les urologues du service disposent de tous les moyens d’investigation nécessaires pour comprendre les troubles urinaires de l’homme et faire la part des choses entre ce qui est lié à la prostate et ce qui ne l’est pas : débitmétrie (mesure du jet urinaire), bilan urodynamique (étude du fonctionnement de la vessie), fibroscopie urétro-vésicale (examen visuel du canal de l’urètre et de la vessie). Ce bilan initial et préthérapeutique suit les recommandations françaises élaborées avec la HAS (Haute Autorité de santé), auxquelles notre équipe a participé [7]. Une consultation spécialisée d’urologie fonctionnelle est dédiée à ces situations dans le service.

Traitement
- Votre médecin généraliste vous prend en charge dans un premier temps. Si votre HBP est compliquée ou résiste à un traitement médical, il demandera l’avis d’un urologue.
- Il faut en effet distinguer :
- l’HBP non symptomatique non compliquée qui ne nécessite aucun traitement, voire même l’absence de surveillance selon le contexte,
- l’HBP symptomatique non compliquée qui requiert un suivi et un traitement médical voire chirurgical en cas d’échec,
- l’HBP symptomatique et/ou compliquée pour laquelle un traitement médical ou chirurgical est indiqué.
- Le médecin généraliste et/ou l’urologue vous présenteront les bénéfices et les risques des options thérapeutiques envisageables en fonction du degré de gêne, des risques et coûts des différents traitements.
Le traitement médical
- Il existe 3 principales classes de traitement pour l’HBP :
- les alpha bloquants qui favorisent le relâchement du col de la vessie
- les inhibiteurs de la 5 alpha réductase qui diminuent le volume prostatique
- la phytothérapie.
- Chacune de ces 3 classes possède une efficacité comparable malgré des mécanismes d’action différents. Certains médicaments peuvent avoir des effets secondaires : anéjaculation pour certains alpha bloquants et troubles de l’érection pour les inhibiteurs de la 5 alpha réductase.
- En cas de besoins très urgents d’uriner ou d’augmentation importante de la fréquence des mictions, d’autres types de traitements peuvent être privilégiés : des anticholinergiques, des béta-3 mimétiques ou une stimulation tibiale postérieure font partie des principales options à discuter.
- L’objectif du traitement est la réduction des symptômes et l’amélioration de la qualité de vie (réduction de la gêne liée aux signes urinaires). Il faut parfois essayer plusieurs traitements avant de trouver celui qui convient.
Le traitement interventionnel
- Il se justifie en cas d’échec ou d’intolérance du traitement médicamenteux ou de complications.
Les techniques chirurgicales
- L’énucléation laser de la prostate (HoLEP) est aujourd’hui la technique de référence du service : le laser sépare l’adénome (zone centrale) de sa coque (zone périphérique) par les voies naturelles, sans incision, quel que soit le volume de la prostate. Elle est réalisée le plus souvent en ambulatoire (entrée le matin, retour à domicile le soir même) — le service a été l’un des tout premiers en Europe à proposer cette intervention ambulatoire (depuis 2012) — avec la possibilité dans certains cas d’une technique préservant l’éjaculation, désormais standardisée grâce à des travaux coordonnés par notre service [3].
- La résection transurétrale de la prostate (RTUP), l’incision cervico-prostatique et l’adénomectomie robotique restent des alternatives disponibles dans le service selon la forme, le volume de la prostate et le contexte clinique. L’objectif reste le même : élargir l’urètre prostatique pour faciliter la vidange de la vessie.

Les techniques mini-invasives
- Le lifting prostatique (Urolift®) : de petits implants écartent les lobes de la prostate sans retirer de tissu, en préservant l’éjaculation — une option pour des prostates de volume modéré chez des patients sélectionnés. Cette technique, réalisée le plus souvent sous anesthésie locale et sans sonde vésicale, permet une récupération très rapide et une conservation complète des fonctions sexuelles. Elle n’est pas adaptée à toutes les formes de prostate ni à tous les stades d’évolution de cette pathologie. Le service a porté l’étude médico-économique ECOLIFT consacrée à cette technique, qui a fait l’objet de plusieurs communications scientifiques.
- La thermothérapie par vapeur d’eau (Rezum®) : de brèves injections de vapeur d’eau dans l’adénome en réduisent le volume, au cours d’un geste court réalisé par les voies naturelles. Cette technique préserve l’éjaculation dans la majorité des cas. Le service a participé à l’essai randomisé national VAPEUR comparant le Rezum au traitement médicamenteux, dont les résultats à un an ont été publiés en 2026 [4].
- L’embolisation des artères prostatiques : réalisée en collaboration avec la radiologie interventionnelle, elle consiste à obstruer les petites artères qui nourrissent l’adénome pour en réduire le volume, par simple ponction d’une artère au niveau du bras ou du pli de l’aine, sous anesthésie locale, sans passage par les voies naturelles et en préservant l’éjaculation. Le service a participé à l’essai randomisé national PARTEM comparant l’embolisation au traitement médicamenteux, publié dans The Lancet Regional Health [5], et a évalué la technique chez les patients porteurs de sonde urinaire [6].
- Le dispositif temporaire i-TIND : positionné quelques jours dans l’urètre prostatique pour élargir le passage, il est posé et retiré sous anesthésie locale, sans sonde vésicale. Le service a participé à son évaluation clinique (étude MT-06).
L’expertise du service
Le service d’urologie du CHU de Bordeaux est l’un des pionniers en France et en Europe de la chirurgie laser de la prostate en ambulatoire, qu’il pratique depuis 2012. Sur plus de dix ans, plus de 700 patients consécutifs ont été opérés par HoLEP en ambulatoire dans le service : près de 9 sur 10 rentrent chez eux le jour même de l’intervention, sans augmentation des risques, comme le montre l’étude publiée par l’équipe en 2026 [1].

Le service évalue aussi les toutes dernières évolutions de la technique, comme le laser à impulsions Moses 2.0 [2], développe une technique standardisée de préservation de l’éjaculation [3] et participe aux essais nationaux sur les traitements mini-invasifs [4, 5]. Vous pouvez découvrir ces interventions en images sur notre page vidéos, et prendre rendez-vous pour une consultation.
Une équipe qui fait progresser les connaissances
La prise en charge de l’adénome de la prostate au CHU de Bordeaux s’appuie sur une activité de recherche clinique active : étude randomisée PARTURP sur la préservation de l’éjaculation [3], évaluation prospective de plus de dix ans de HoLEP ambulatoire [1], essai randomisé VAPEUR sur la thermothérapie Rezum [4], essai randomisé PARTEM sur l’embolisation prostatique [5], étude médico-économique ECOLIFT sur le lifting prostatique, évaluation du dispositif i-TIND (étude MT-06) et des évolutions du laser Holmium [2]. L’équipe a également contribué aux recommandations françaises sur la prise en charge de l’HBP publiées avec la HAS (Haute Autorité de santé) en 2025 [7]. Ces travaux de recherche, conduits au quotidien dans notre service, permettent de proposer aux patients les traitements les plus modernes avant même leur remboursement par la Sécurité sociale. Nos travaux sont ensuite publiés dans des revues internationales et permettent de faire évoluer les recommandations de prise en charge de cette pathologie — retrouvez-les sur la page Les publications de l’équipe. Participer à une étude clinique peut également vous être proposé lors de votre prise en charge.
Références
- Day-case HoLEP: insights from 10 years of clinical experience — Journal français d’urologie, 2026 (721 patients opérés en ambulatoire, 86,6 % de sorties le jour même).
- Impact of Moses technology on HoLEP day-case success rate — World Journal of Urology, 2026.
- Standardized technique for ejaculation preservation during prostatic endoscopic ablative surgery (consensus de l’étude randomisée PARTURP) — World Journal of Urology, 2023.
- Water vapor thermal therapy with Rezūm versus combination pharmacotherapy (essai VAPEUR) — European Urology Focus, 2026.
- Prostatic artery embolisation versus medical treatment (essai PARTEM) — The Lancet Regional Health Europe, 2023.
- Safety and clinical efficacy of prostatic artery embolization in patients with indwelling urinary catheter — Diagnostics, 2024.
- Pre-therapeutical assessment of lower urinary tract symptoms in adult men: systematic review and clinical practice guidelines (bilan initial et préthérapeutique des troubles urinaires masculins — recommandations du groupe de travail AFU/HAS) — The French Journal of Urology, 2025.
Cet article est inspiré des fiches d’information de l’Association Française d’Urologie : consultez la fiche patient sur l’hypertrophie bénigne de la prostate sur Urofrance.org.

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